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Escape

25 juillet 2011
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Mon père s'est échappé. Hier soir. Seul. Je n'ai pas les détails, mais apparemment ce n'était pas joli, joli. Le souci c'est que les autorités s'en sont rendues comptes après quelques heures et que ça lui laisse une marge de manœuvre certaine. Depuis, Mum flippe. On le ferait à moins. A priori, il ne peut pas nous retrouver. Les seuls courriers que j'ai reçus de lui sont venus par voie judiciaire et on n'y a jamais répondu. Il n'a aucun moyen de savoir que nous sommes ici.

Sauf si "ici" représente quelquechose pour lui et Mum, mais ça m'étonnerait, vu comment elle s'est défait de tout ce qui pouvait nous rattacher à lui depuis qu'on est partis. Qu'il me retrouve sur la toile ? Fat chance. Je n'y suis pas sous mon vrai-nom (Thackeray Sweeney is a fake name of course, et même pas de moi !) et je n'ai pas divulgué assez de détails sur ma vie d'avant pour que quiconque me retrouve. N'empêche que je suis un peu préoccupé aussi, du coup.

Faire profil bas en ligne ou continuer mon bout de chemin ? I just don't know what to do with myself. Probablement que je vais faire profil bas, même si en y réfléchissant c'est très certainement inutile. On a évité d'être les suivants avec Mum, c'est pas pour revenir à son ordre du jour maintenant, ni jamais d'ailleurs. Enfin, maintenant qu'il n'a légalement aucune ressources, que le Yard -et pas que- connaît son identité et sa tronche, il ne devrait pas courir longtemps. Mais si jamais ça arrivait, combien de temps nous, nous lui échapperons ?

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Guilty

4 juin 2011
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Alors, j'y suis allé.

Et il a vraiment été adorable. Ce week-end je me suis senti en train de tomber amoureux de lui par transfert affectif, et je me suis laissé faire, parce que j'ai besoin de me sentir protégé, parce que j'ai envie d'une présence masculine, parce que j'ai besoin qu'on soit gentil avec moi sans pour autant me prendre en pitié. Je trouve ça dommage parce qu'il est vraiment gentil. Mais j'ai aimé de me retrouver dans ses bras pour pleurer. Longtemps. De m'y retrouver encore pour regarder des vieux films avec Katharine Hepburn (La femme de l'année, Mademoiselle gagne tout et African Queen). J'ai aussi aimé y être pendant qu'on faisait l'amour. Au réveil le lendemain matin quand les larmes sont venues. Et puis après quand il m'a demandé de lui dire ce que j'avais sur le coeur à ce moment là et que c'est sorti. La culpabilité d'avoir couché avec lui parce que j'en ai plus besoin qu'envie, la culpabilité d'avoir pensé à R. pendant tout le temps qu'il me faisait l'amour, la culpabilité de me servir de lui alors qu'il mérite autre chose et la culpabilité d'être en train de lui balancer tout ça à la tête. Et cette réponse qui ne cesse de m'interpeller depuis.

"Tu sais, si j'ai posé la question, c'est parce que je m'attendais à tout ça et que ça ne me dérange pas."

Sur le coup, j'ai cru que c'était une réponse pour la forme, pour me déculpabiliser, et que le sourire qu'il m'adressait, malgré ses accents de sincérité, était juste de façade. Mais en fait, avec le recul, et après avoir aussi passé le samedi et le dimanche avec lui, dans l'appartement que ses parents lui louent en centre-ville pour qu'il n'ai pas à faire le trajet de leur cambrousse au lycée tout les jours, je me suis rendu compte qu'il est vraiment comme ça. A chaque fois que j'ai eu besoin de pleurer ce week-end après notre première nuit ensemble, on a parlé de ce qui me faisait pleurer. Alors, évidemment, je transfère à mort. Mais c'est tellement bien. Et ça me fait tellement de bien de ne pas penser à ma la boîte d'anti-dépresseurs quand j'ai encore ces instants de vide déchirant à l'intérieur pendant la journée.

Mais ça n'est n'est pas de l'amour, c'est du transfert, je le sais, et lui aussi. Il est mon objet transitionel, mon produit de substitution à R. et quand j'aurais fais mon deuil de R. qu'est-ce qui va se passer ? N'ayant plus rien à transférer je vais le trouver d'un seul coup juste quelconque ? Si ça se trouve je vais le trouver même un peu moche, qui sait ? (Bon, j'ai quand même un doute, parce qu'il y a nettement pire que lui physiquement. Il est sportif, ça aide.) Est-ce que je vais me rendre compte qu'on a rien à voir ? Que ses films en noir et blanc me font grave chier, en fait, (Fat chance, j'ai bien aimé ceux de week-end) et que sincèrement, le base-ball, je m'en tamponne le coquillard ? (Bon, la ce serait par pur chauvinisme snob, je préfère le Cricket...) Est ce que je vais le plaquer ? Ou est-ce que je vais me rendre compte qu'entre temps je suis réellement tombé amoureux ? Oui, oui je sais : respire. Mais on a brûlé quelques étapes quand même.

Mais je ne trouve juste pas ça très honnête de ne pas me poser ces questions vis à vis de lui. Il m'a ouvert son cœur, il est en train de me faire une place dans sa vie, et si ça se trouve, dans deux, trois, quatre semaine, un, deux ou trois mois, je vais me rendre compte que je n'ai plus besoin de ce qu'il m'offre et que je n'en ai pas envie. Je vais partir et le laisser avoir mal tous seul dans son coin, alors que lui m'a tendu la main quand j'étais encore assis dans un trou crasseux ? Merde, c'est tellement moche. Personne ne mérite ça. Putain, ça y est je suis encore en train de culpabiliser...

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I can’t win

25 mai 2011
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Pierrick m'a invité chez lui le week-end qui vient. J'étais un peu réticent, mais il m'a promis qu'il m'avait dit ce qu'il avait à me dire et que ce serait à moi de faire le reste du chemin quand j'en aurais envie, si j'en avais envie. Et je dois dire que depuis sa déclaration il y a dix jours, il n' en a pas été autrement. En fait, il se contente de me dire faire la bise le matin, en me disant bonjour au creux de l'oreille et de me proposer de passer du temps avec lui, sans que ça soit envahissant. Il est gentil, agréable mais sans être dragueur. Il se comporte comme un ami, alors que je sais bien qu'il voudrais plus sans pour autant le montrer sauf quand il me glisse ce bonjour que moi seul entend. C'est assez inattendu. Mais ça me désarçonne un peu compte tenu de la situation.

I talked to Mum about it. Gave her a full exhaustive report of his love vow and how uncertain of myself, more than of him, I was. Là, elle m'a demandé si je me sentais prêt à laisser un peu d'espace à quelqu'un et m'a stoppé net quand j'allais ajouter que je craignais que mes sentiments pour R. ne viennent tout gâcher après avoir dit "Je pense". Et là elle m'a dit : "Go, it can only make you better.". J'en ai aussi parlé en séance l'autre jour et mon psy, pour une fois, au lieu de me laisser comme un con avec mes choix comme d'habitude, m'a dit "C'est le cerveau qui génère la peur, écoutez ce que vous dit votre coeur, est-ce que la perspective d'y aller vous rend triste ? Non ? Alors allez-y. Au mieux, ce sont de bons moments a passer avec quelqu'un qui vous apprécie, au pire, nous en rediscuterons la semaine prochaine."

J'en ai parlé aussi à Emma, sans lui dire de qui il s'agissait. Elle a eu un petit sourire et a piqué un fou-rire. Je l'ai un peu mal pris au début, jusqu'à ce qu'elle me dise que c'était parce que depuis des mois quand on était ensemble, à part pleurer parfois, je ne parlais plus, sauf pour des choses très terre à terre (le lycée, les cours, donner mon avis sur ses essais de fringues et autres trucs de la plus haute importance), et que tout à coup, je me remettais à parler comme avant, comme si de rien n'était, tout ça pour lui dire qu'un mec m'avait fait une déclaration, sans même lui dire de qui il s'agissait. "Tu sais que t'es juste incroyable comme mec ?" En y repensant, j'ai ri un peu aussi. Et elle aussi m'a dit : "Fonce. Qu'est-ce que t'as à perdre ? Il ne peut plus rien t'arriver de pire que ce que tu as déjà vécu, à part la mort d'un proche de sang."

Puisque tout le monde me le dit, je vais y aller.

I can't win, can I ?

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Stars Shining Right Above Me

14 mai 2011
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Voilà plusieurs semaines que je traversais le lycée un peu comme désincarné. Les autres élèves me parlent peu, mais me parlent désormais normalement. C'est fou la capacité de résilience rapide des masses face aux faits divers. Quelques individus sont touchés le reste de la communauté s'émeut une semaine, deux, trois, et puis la vie reprends son cours normal comme si de rien n'était. Pendans tout ce temps j'avais l'impression que jamais la vie ne me semblerait plus normale.

Les histoires avec mon père ne m'avaient jamais touché que de loin. La seule et unique fois où j'ai eu un aperçu de ce qu'il était c'est le soir où le Yard l'a arrêté. J'ai été choqué mais à un autre niveau. Avec la mort de (...), c'est un peu comme si on m'avait retourné tous les organes à la mains d'un seul coup qu'on les avait replacés dans le désordre et que depuis, ils s'adaptaient à la douleur. Je pensais que ça n'en finirait jamais et pourtant...

Jeudi 5 mais, alors que je traversais le bâtiment de sciences, Pierrick commence à marcher à côté de moi. Nous ne nous sommes pas vraiment parlé depuis que c'est arrivé, d'ailleurs je me demande si nous nous sommes déjà réellement parlé avant en dehors des bonjours, aux revoirs et autres banalités du genre. J'oscille brièvement entre le "What the f... ?" et "Oh sh.t, there's always someone who doesn't seem to feel you've been pitied enough...", et voilà qu'il se met à me parler du devoir de physique-chimie vers lequel je me rends avec un peu d'avance, une habitude que j'ai pris depuis que (...) d'aller dans la salle du cours suivant si elle est déjà ouverte et généralement, celle de Physique l'est systématiquement. Je réponds vaguement que j'ai fait de mon mieux et que ma note nous dira si c'était suffisant et décide de couper par le labo de science qui est vide à cette heure en espérant qu'il va penser que je vais voir le prof ou que sais-je. Mais non, il me suit.

On est au milieu du labo quand il m'arrête d'une main sur l'épaule.
- Comment tu vas Thack ?

J'avoue que je suis un peu désarçonné par sa question, je crois qu'on ne me l'a pas posée depuis des lustres dans la vie normale. Même Mum n'osait plus, je crois qu'il n'y a que les gens qui ne savent pas ou mon psy qui osent me la poser, les premier par politesse, le second sans doute par pur réflexe professionnel. Il me faut une ou deux secondes pour répondre, ne sachant pas si ça m'énerve, si ça me touche ou si I just don't give a f... tout simplement. Et comme finalement, ça me touche et je décide de lui faire une réponse sincère.
- J'essaie de faire aller. Je crois que c'est moins dur maintenant. Je vis avec. Je vivrais toujours avec. J'espère juste qu'à un moment ça évoluera en autre chose parce que pour l'instant c'est assez douloureux. C'est gentil de demander.
- Je peux te poser une question ?
- Vas y toujours.
- Vous sortiez déjà ensemble à la fête chez Florian, en octobre ?

A ce moment là, je me demande en quoi ça l'intéresse, mais ça fait un bien inattendu que quelqu'un m'en parle, spontanément. Alors je réponds sans réfléchir, de toute façon il sera toujours temps de lui dire quand j'aurais envie d'arrêter le sujet non ?
- On se tournait autour. Mais ça s'est fait plus tard, même s'il me semble qu'il m'a fait un piou pendant que je dormais à moitié.
- Vous n'en avez jamais reparlé ?
- Euh non, comment tu sais ça ?

And now ladies and gentlemen, if you could please put yourself in my shoes and in the same mood of grief and sadness I was at that very moment, I would ask you to be kind and forgive my lack of sense.
- Parce que c'est moi qui t'aie embrassé cette nuit là.
- Uh ?! Ben pourquoi

At that moment, you CAN actually throw a dozen Highland hairy cows at my face for sheer dumbness. Yes, you can !
- Parce que j'en avais envie. Et j'en ai toujours envie.
- C'est une déclaration ? Un coming-out ?
- Je ne suis pas particulièrement dans le placard, disons que je n'avais aucune raison de m'afficher plus que ça jusqu'ici, mais que pas mal de gens savent que je suis gay au lycée. Et oui, c'est une déclaration.
- Err, well, THAT's unexpected ! Je sais pas quoi te dire. Sincèrement. Tu me prends de court. J'ai rien contre toi, Pierrick, mais euh, enfin, je suis un peu... "ailleurs" ces temps-ci...
- Je sais. Je me doutais que tu voudrais prendre un peu de temps pour réfléchir...
- C'est un peu ça. Tu veux bien me laisser du temps alors ?
- Oh oui, je pense que tu as quelques secondes avant que...
- Quelques secondes ?! Avant que quoi ?
- Avant que : ça.

Et là il m'a embrassé. Au propre comme au figuré. Oh rien de bien dingue, juste un piou un peu prolongé sur ma bouche et ses deux bras masculins autours de moi. Rien pas de passion ravageuse, juste un mouvement de tendresse, sincère. Je me suis retrouvé avec un boule dans la gorge et je me suis mis à pleurer, là, comme un con, dans ses bras lové contre son torse pendant qu'il me serrait fort. Comme il y a quelques semaines quand j'ai enfin réussi à pleurer dans les bras d'Emma, cet après-midi là au Thabor. Et puis au bout du quart d'heure de pause, la cloche à sonné. J'ai pris sur moi, j'ai arrêté de pleurer, je l'ai embrassé, par envie et par besoin autant que parce reconnaissance je crois, c'était curieux. Et on a filé en devoir de Physique-Chimie à temps pour la sonnerie d'entrée en cours.

En sortant, il m'a attendu. Je lui ai dis que je ne savais pas ce que je voulais, il m'a dit que ça n'était pas grave. Emma est sorti à ce moment là. Il m'a enlacé, m'a passé la main dans les cheveux, m'a embrassé sur le front m'a regardé et m'a dit avec un demi-sourire : "J'ai attendu déjà six mois, alors tu sais déjà que je suis patient. Je suis là, j'ai le temps, je ne vais pas partir et, si ça peut te rassurer, j'ai un appartement où j'habite tout seul."

Amoureux ? Non. Charmé. Je ne sais pas. Mais n'empêche que depuis dix jours, quelques chose à changé. L'absence est toujours là et elle me brûle toujours quelque part au dedans. Sauf qu'en même temps, maintenant, il y a quelquechose de léger qui adoucit mes journées. Un petit truc tout con, qui me fait me dire que, certes, je n'oublierais jamais (...) mais qu'il y pourrait bien y avoir de la place pour un autre là dans un coin de mon palpitant. Stars shining bright above me ? Possibly.

Pour une fois la chanson mais un de ses vers donne son titre au billet. Elle me fait penser à la fois à (...) que j'aime, que j'aimerais toujours, auquel je pense et penserais continuellement sans pouvoir m'empêcher de penser, "et si ?" mais elle me fait aussi penser à celui qui, en toute simplicité, vient de rallumer cette petite lumière en moi. And in your dreams whatever they'll, be dream a little dream of me.

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The Show Must Go On

15 avril 2011
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J'ai fini par la lire. La lettre de la mère de Rodrigue. Je l'ai détestée. A chaque mot. Elle me parle brièvement de son désespoir, de sa dépression et de ce qui lui semblait être inévitable sur le moment. Sauf qu'elle n'est pas parvenue à aller jusqu'au bout. Se supprimer elle-même. Elle me dit qu'elle va devoir vivre avec ça. En attendant une décision du juge, en prison si il décide de l'y envoyer, en hôpital si elle est internée, et toute sa vie quoi qu'il arrive. J'ai beau essayer de me mettre à sa place, je n'y arrive pas. J'ai une haine viscérale pour cette femme. Pire que pour mon père, qui a fait tout aussi atroce que ça finalement, mais ça ne m'a jamais touché personnellement.

Je pensais qu'avoir un pourquoi m'apporterait un peu de sérénité mais je n'arrive tellement pas à le trouver acceptable que ça n'a rien changé. Le premier garçon avec qui j'ai eu une relation est mort brutalement sans que j'y puisse rien et chaque jour ça va me dévaster autant que le précédent. Je ne me sens pas coupable, je ne ressens aucun sentiment particulier. Juste, tous les matin, un espèce de grand vide à l'intérieur. Un vide qu'il faut que je décide de couvrir pour l'instant à défaut de le combler. Histoire de vivre la journée.

Mum n'a rien dit depuis que c'est arrivé. Mais je l'ai bien vue. Inquiète. Qui me surveillait. Elle sait que je sais qu'elle sait ce que je peux ressentir et qu'on en parlera un jour. Mais pas maintenant. C'est trop tôt. Je sais qu'elle a peur parce que ça créé indéniablement un fossé entre nous. On a vécu en espèce de symbiose depuis trois ans et c'est la première chose qui nous sépare à ce point, qui me pousse à tirer un peu sur le cordon pour lui donner du mou. Je crois qu'elle est un peu rassurée depuis que j'ai recommencé à parler et à m'exprimer au quotidien. Je n'ai plus cette envie de disparaître dans un trou de souris, c'est donc probablement que j'ai décidé de vivre.

Au lycée, c'est particulier. Les profs ont fait un choix simple : soient ils font comme si de rien n'était, soient il m'ignorent. Les premiers font attention sans en donner l'impression, les autres sont mal-à-l'aise et je m'en satisfais bien. La prof de math a profité des jours où je n'étais pas là pour faire changer de place à tout le monde. Je suis devant le bureau avec Emma. J'ai trouvé ça déplacé au début, et finalement, je lui en suis reconnaissant. Un peu comme si je n'avais jamais été en cours à côté de Rodrigue dans sa classe. Et je n'ai plus vue sur le skate park.

J'ai découvert que je n'avais plus rien à dire au Cinq. Je passe un temps fou avec Emma. On ne dit rien. Enfin, rien d'important. Mais elle est là. J'ai pleuré dans ses bras une après-midi au Thabor. Elle a perdu sa mère il y a quatre ans. Je crois que ça explique beaucoup notre rapprochement. Si tant est qu'on pouvait se rapprocher plus qu'on ne l'était déjà.
Concernant les autres élèves, il y a toujours quelques regards déplacés de certains. Too much pity kills sincerity. J'ai eu un mec qui a laissé entendre que j'avais qu'à pas être pédé. Pas de bol un prof l'a entendu. Il est passé par le bureau du proviseur. Plus inattendu, deux couples de lesbiennes ont commencé à s'afficher au lycée. Et leurs regards de sympathie quand je les croise me laisse penser que le fait que tout ça ait mis en évidence le fait que Rodrigue et moi on était plus qu'amis a donné l'envie à certaines de m'envoyer un petit message de solidarité.

"My soul is painted like the wings of butterflies, fairytales of yesterday can grow but never die"

Cette phrase me parle beaucoup en ce moment. Allez savoir pourquoi. Ou n'y allez pas.

Anyway, the show must go on.

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Everybody Hurts

2 avril 2011
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J'ai fini par craquer. Je ne sais pas ce qui a été le déclencheur. Si c'est parce que j'étais arrivé au bout de ce que je pouvais contenir de ma douleur, si c'est la remarque de la prof de français sur ce que m'évoquait l'assasinat de Lorenzo ou alors si c'est la question de fin de séance la semaine dernière avec mon thérapeute. Quoiqu'il en soit me voilà en arrêt. Exempté de cours pour 15 jours. Pas certain que ce soit la meilleures solution, mais le psy m'a indiqué qu'il préférait que, maintenant que les vannes sont ouvertes, j'évacue mon chagrin au calme. Je vais aller nager. Dans l'eau je ne pense à rien. Enfin, j'essaie.

Presque deux mois que je flotte. Je suis toujours dans cette espèce de non-vie. Cet état d'indifférence totale à tout ce qui m'entoure. Jusqu'à mercredi dernier du moins. Depuis j'alterne. Les instants de mort intérieure et les moments de vides et de détresse, où je pleure. Parfois sans m'en rendre compte. La mère de Rodrigue m'a écrit une lettre depuis sa détention provisoire (Pour l'instant il n'a pas été déterminé si elle relevait de la psychiatrie ou de la prison si j'ai bien compris). Je ne l'ai pas lue. Je ne m'en sens pas la force. Plus tard peut-être.

Mum a été affectée par tout ça aussi. Parce que ça me touche, mais parce que madame Masson était sa patronne. L'institut faisant partie d'un réseau, quelqu'un a été nommé à sa place pour gére la franchise en attendant. En attendant quoi, je ne sais pas bien, je me suis rendu compte avec tout ça que je ne sais pas du tout comment fonctionne la justice de ce côté-ci du Channel. Enfin, bref, l'ambiance de travail à un peu changer. Je le sens bien dans l'humeur de Mum quand elle rentre. C'est tendu. Sans que j'ai eu envie de lui demander pourquoi. Pas osé ? Non, pas voulu.

Je me réveille parfois en pleine nuit avec l'impression qu'il est là. La sensation de sa peau sous mes doigts, de sa langue contre la mienne et puis plus rien. Juste mon lit. Vide et froid. Après l'épisode de la hache avec mon père, je faisais souvent ce genre de rêve. Tout avait l'air d'aller parfaitement bien à un détail prêt et quelques instants plus tard, il nous poursuivait dans la maison, la hache à la main et le Yard débarquait. Le scénario préalable changeait mais je revivais inlassablement la même conclusion, la même angoisse, les mêmes images. Et ben là, c'est pareil. Je suis avec Rodrigue, je me sens extrêmement bien jusqu'au moment où soit je me réveille pour constater qu'il n'est pas là, soit ça devient totalement awkward parce que je réalise que c'est un rêve parce que je sais pertinemment qu'il a été incinéré il y a un peu plus d'un mois et demi. Mais la sensation de malaise au réveil est la même. Cette irrépressible envie de mourir. Et puis le sursaut de raison. Non.

Et cette semaine, sans que je puisse dire exactement quel jour, ce besoin de lâcher prise. Et mercredi quand la prof de français m'a interrogé, la chape de plomb. Classe silencieuse. Comme si tout le monde avait senti que quelque chose clochait entre moi et la question. La boule dans mon ventre. L'envie de vomir. Le mouvement automatique. Mes jambes qui me portent. La prof qui dit un truc que je n'entends pas. La porte. Je ne vois que la porte. Comme un salut. Et enfin le cri. Les larmes. Les toilettes du bâtiment C.

Apparemment l'expression de son chagrin serait une première étape vers le mieux être. Soit. Il faut croire que je vais un peu mieux. Que j'accepte ? Non. Accepter me paraît toujours aussi impossible. Ou alors dites moi comment accepter que l'être qui vous donne l'impression d'être plein, d'être complet, d'être entier puisse vous être retiré du jour au lendemain par une tierce personne, sur une pulsion, d'une simple pression sur une gachette, parce que pendant quelques minutes quelqu'un a subitement pensé que c'était la seule solution.

Plus je me pose cette question, plus je repense à cette question que j'avais posé à mon père un jour, dont je croyais qu'elle avait cessé de me hanter après deux années de thérapie, "mais pourquoi des gens en tuent d'autres sans raisons apparentes ?" et sa réponse : "Tout le monde souffre, un jour"

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So lonely

6 mars 2011
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Je n'ai pas écrit ici depuis un moment. Pas le coeur à ça. C'est tellement dérisoire d'écrire ici. Tellement inutile. Mais je ne dors plus alors il faut bien que je parle. Et je n'arrive pas à en parler avec Mum. Allez savoir pourquoi. Peut-être qu'à vous, des inconnus, ça sera plus facile.

Je suis seul. Seul comme jamais. Ma mère n'y peut rien. Elle voudrait, je le vois bien, mais elle n'y peut rien. Je ne pourrais me remettre des dernières semaines que par moi-même. Je n'ai pas le choix. Ce ne sont pas les anti-dépresseurs qui m'aideront. Quand je les prends, dans les moments où j'ai besoin de souffler vraiment, je me sens tout brumeux, rien n'a d'importance, aucun impératif, aucune action. Aller en cours ? Don't care. Aller au toilettes ? If I really need to. Tout est au même niveau. Sans contraste. Gris. Les anti-dépresseurs, c'est, je crois, le meilleur moyen de faire signer un CDI à ma dépression. C'est pour ça que j'ai arrêté de les prendre. Sauf quand j'en peux vraiment plus.

Mon problème ce n'est pas tant ma dépression que la conscience que j'ai de la façon dont il faut procéder pour m'en sortir et que je n'y arrive pas. Lâcher prise. Complètement. Totalement. Pleurer enfin, toutes les larmes contenues depuis un mois. Toutes ces larmes que je n'arrive pas à lâcher chez le psy, malgré toutes ses provocations pour tenter de me faire réagir. Je ne dois pas être prêt. Prêt à quoi ? a accepter ce qui s'est passé. A accepter qu'il m'arrive encore un truc comme ça ? Non, je ne crois pas que ce soit l'addition, sur des traumatismes de vie déjà bien salés. A accepter, tout court, que ça, ça puisse être possible. Ensuite seulement que ça m'arrive à moi. Que ça soit tombé sur lui.

En attendant, je ne dors pas. Je rêve de lui. Je rêve de nous. Au lycée, j'ai l'impression qu'il va sortir de derrière n'importe quelle porte, et m'enlacer, devant tout le monde, m'embrasser et me dire que tout ça n'était qu'un mauvais rêve. Et que les quatre jours que j'ai passé en observation n'étaient qu'un cauchemar, une nuit. Quatre jours dont je n'ai pas de souvenirs. Enfin si, les murs blanc et vert d'eau, l'odeur de détergent, le lit, la fenêtre d'où j'apercevais la ville, le va et vient des blouses, Mum qui me caresse vaguement les cheveux mais dont je ne me soucie pas, cette sensation de vide qui m'accapare et cette boule à l'estomac, dans la gorge, dans la poitrine, qui essaie de remplir le vide sans y parvenir. Sinon, rien. Il paraît que les Cinq sont passés me voir. Tous les soirs après les cours. Oubliés. Emma aussi. Oubliée aussi. Quatre jours de silence total et d'oppression.

Il y a eu le retour à la maison. Quatre jours supplémentaires. Je ne parlais toujours pas, mais j'avais recommencé à manger. Un peu. Ce qui avait incité à la décision de mon renvoi à la maison pour les médecins. J'ai vu le psy une heure chacun de ces jours là. Il m'a posé des questions. J'ai haussé les épaules. Pas par mépris. mais parce que je n'avais pas de réponses à ses questions. Parce que personne n'a de réponses à mes question. Où peut-être une. Mais je ne pourrais jamais lui parler. Je ne peux pas de toute façon, indépenmment du fait que je ne le veuille pas. Et puis au quatrième jour à la maison, quand le psy a émis l'idée qu'il fallait que je rate encore les cours, j'ai dit "Non". Avant de revenir aux gestes. Parce que ça m'avait semblé indécent de parler.

Alors je suis retourné en cours. Sans cachets. Pendant une heure, au moins. Parce que les regards, les chuchotis sur mon passage, et cet air peiné que ceux qui ne parlaient pas prenaient en me regardant étaient insupportables. Alors je suis allé aux toilettes, trois secondes, le temps d'entrer, gober mes deux pilules du bonheur et ressortir. Une demi-heure après j'étais déjà plus là. Enfin, là, mais pas là quoi. c'est fou comment ces trucs sont étudiés pour un effet rapide.
Depuis, je survis. Au jour, le jour. Je ne parle plus. Un peu comme lui. Est-ce qu'il avait la même douleur que moi dans la cage thoracique ? Est-ce que c'était pour ça qu'il ne parlait pas jusqu'à ce qu'on sorte ensemble ? Est-ce que lui aussi avait l'impression que toute forme de bonheur avait quitté le monde ? Probablement que non. Je dois arrêter de gamberger comme ça. Parce que ça ne me mènera nulle part.
Vous devez vous demander un peu ce qui s'est passé pour que j'en sois là, pas vrai ? Encore que les plus perspicaces d'entre vous auront sans doute compris plus que les autres.

Il y a un mois, Rodrigue est mort.
Sa mère l'a tué dans un moment de désespoir. Une balle en pleine tête. Dans son sommeil. Il y a un peu plus d'un mois. Elle n'est pas parvenue à se suicider après.
Depuis je me sens vide. Seul. So Lonely.

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A ceux qui trouveraient que la chanson paraît bizarre, par rapport au billet, j'ai envie de dire merde. Ecrire ici est dérisoire, la chanson que je peux mettre avec le billet aussi, et vos misérables petits avis aussi. Moi, elle me parle et me touche en ce moment. Peut-être qu'à force de l'écouter j'y trouverais une réponse. ou alors en moi. Mais qu'est-ce que ça peut bien vous foutre ? hein ? Shut up, then.

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Sleepless night

17 janvier 2011
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Je ne dors pas. Je n'y arrive pas. Je l'aime et je le déteste. Je le comprends, mais je ne l'en déteste pas moins pour autant. Surtout j'ai du mal à accepter qu'il n'ait pas jugé bon qu'on en discute avant. Si tout cela était à ce point un problème, c'était évident que j'étais le premier concerné et qu'il fallait m'en parler. On aurait pu définir un modus vivendi et, pour les soirées avec les potes, un modus operandi afin de nous protéger, de nous préserver sans avoir à se retrouver dans cette situation stupide.

Il y avait une fête chez Pierrick pour le Nouvel An. Probablement, la pire soirée de ma vie, si l'on omet celle où papa a sorti la hache. D'ailleurs tant que je parle de lui, le procès se poursuit, mais on est déjà certain qu'il ne sortira pas de sitôt, vu que de nouveaux éléments ont été découverts dernièrement. Mais ce n'est pas le sujet. Et malgré cette nouvelle rassurante, voire libérante, for Mum & I, at least, j'ai passablement mal commencé l'année 2011.

Nouvel An donc. Chez Pierrick, de l'autre côté du périphérique, en pleine cambrousse en somme. Quand il est arrivé, j'ai fait comme si de rien n'était. Après tout, il est dans le placard. On est juste devenus amis aux yeux des autres. Rien de très anodin là dedans. Et ce n'est pas à moi de décider quand il sortira de son placard. Il est venu nous dire bonjour à Emma et moi et a salué Max et Jule qui papotaient avec nous. Olivia, Isa et Noé étaient déjà partis picoler dans un coin, la bouteille de vodka qu'ils s'étaient gardés de poser sur la table des boissons en arrivant. Je les apprécie de moins en moins. Max et Julie aussi. Je ne suis pas étonné.

La soirée se passait à peu près bien jusqu'à ce que Florian débarque avec Valérie. Au vu des pelles qu'ils se roulaient, j'ai pensé qu'on était tranquilles et que Florian avait décidé de commencer l'année avec une chlamydia, une gonorrhée ou tout simplement en se lançant dans l'élevage de crabes.

J'étais naïf. Lady "Eat Me, Beat Me" ne saurait se suffire d'un seul homme. Et, malheureusement pour moi, elle les aimes beaux et bien faits. Du coup, cette connasse à jeté son dévolu sur le canon de la soirée, Rodrigue Masson, also known as : My Man. Ça ne m'a pas inquiété outre mesure au départ. J'avais confiance en mon mec. Un peu trop apparemment.

I understand that being in the closet isn't easy. I understand that he's had to make a minute decision. MAIS BORDEL COMMENT A AUCUN MOMENT IL NE S'EST DIT QUE J'ALLAIS MAL LE PRENDRE ? COMMENT IL PEUT IMAGINER QUE JE VAIS LUI PARDONNER ? SI ENCORE IL AVAIT ROULER UN PATIN A EMMA QUI EST AUSSI VIERGE QUE LUI AVANT QU'ON COUCHE ENSEMBLE… MAIS MERDE. VALERIE, QUOI !?! MISS STDs HERSELF !!

Depuis, je suis à moitié mort au-dedans. J'ai envie de le voir quand il n'est pas là, je pense à lui tout le temps. Et quand il est là, je n'ai envie de rien faire avec lui, surtout pas du sexe. Et comme il ne parle pas je n'ose pas aborder le sujet. J'ai l'impression d'attendre qu'il me plaque et que lui fait pareil. C'est naze. Du coup, j'y pense. Tellement que cette nuit, alors que j'ai cours demain, je ne dors pas. Je pleure. Enfin, non. Je ne pleure pas. Mes yeux suintent tous seuls. Et je voudrais qu'il me serre fort dans ses bras, ce con.

Another sleepless night

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Secret

19 décembre 2010
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J'ai fait un rêve. J'embrassais l'homme de ma vie. Lui. The Rodrigue Masson. THE MAN OF MY DREAMS AND WILDEST FANTASIES. J'ai encore les effluves de son vétiver dans les narines, son goût de cannelle sur ma langue, la sensation douce de ses cheveux sous mes doigts, le fracas de sa planche qui tombe au sol, lorsqu'il m'enlace au sortir de nos oraux respectifs. Je suis tout ivre encore de notre étreinte dans les couloirs du Lycée. C'est forcément un rêve. Et puis je sens bien que je suis en train de me réveiller. Malgré les images qui dansent sous mes paupières je sens bien que je suis dans mon lit. En train de me retourner, tout contre la chaleur de son torse dessiné.

Je ne rêve donc pas. Il est là. Dans ma chambre, sous mes draps, encore endormi. A demi-endormi a priori, puisque ses bras m'enlacent quand je me blottis contre lui. Je plonge dans le creux de son étreinte. J'ai besoin d'un autre shoot de son odeur. Je veux me remplir de lui. L'overdose est impossible. Je n'arriverais jamais à me lasser de lui. Le monde n'existe plus. Il n'y a plus que moi. Thack. Et lui. Rodrigue. MON Rodrigue. Peau contre peau. J'ai un dieu vivant, nu, dans mon lit.

Mum était absente hier soir. Alors après notre entrevue de l'après-midi, je n'ai pas résisté, je l'ai invité. On a mangé rapidement un assortiment de ce qu'il y avait de facile à préparer dans les placards, vautrés sur le canapé, sans que je n'arrive à me rappeler ce qui s'est passé dans Koh-Lanta. On migré très vite pour passer la majeure partie de notre nuit dans mon lit. Tous nus.

Rien de pervers entre nous. On s'est juste… Découverts. Dans la pénombre. Rien de sexuel. Pas au sens juridique du terme du moins. Mes mains on couru sur son corps et inversement, totalement libre de leurs actions. Accord tacite, rien d'autre que de l'exploration. Je n'avais pas de quoi aller plus loin de toute façon. Même si l'envie nous a clairement titillée toute la nuit.

Alors ce matin, en entrouvrant les yeux, je profite de la lumière qui filtre des volets pour regarder à nouveau, en toute tranquillité les courbes des muscles que j'embrassais tantôt. L'effet est immédiat en ce qui me concerne. Je ne suis qu'un homme après-tout. Ma gaule matinale est largement encouragée par la sensualité naturelle de son corps. Je me rends compte qu'il ne dort plus vraiment puisque sa main vient assez rapidement vérifier la fermeté grandissante de ma virilité. Le petit soupir de contentement qu'il laisse échapper est révélateur.

- Bonjour, Thack
- Bonjour, amour.
- J'ai très envie de t'embrasser, mais je dois avoir une haleine de chacal ce matin.
- Pareil.

Nous rions comme des gamins. Ma main imite la sienne alors que je vois poindre le trouble de ses reins. Nous nous enlaçons à nouveau. Je savoure totalement l'instant présent. Des voix viennent du salon. Ma mère a ramené une amie à la maison. Je jette un œil à mon radio réveil. Il est presque midi. Elle se rapproche. Aucune chance que ma chambre ne soit sa destination, elle a une invitée. Et pourtant la porte s'ouvre et ma mère lance, d'une voix claire qui ne cache rien de son intention de me réveiller :

- Thackeray, darling, when you're ready, i'd like you to come in the living room, i'm having a brunch with my friend from the beauty salon, Mrs Mason and I want you to meet her.

Ce n'est qu'au moment d'achever sa phrase qu'elle réalise soudain que nous sommes deux dans mon futon.

- Oh my God. I'm SO sorry, darling… SO SORRY.

Je ne la vois pas, mais je la connais suffisamment pour imaginer la teinte exceptionnelle de rouge par laquelle elle vient de passer. La porte se referme. Rodrigue comme moi sommes parcourus par des spasmes incontrôlables. Sauf que je ris de bon cœur et que je réalise que Rodrigue est, lui, en train de pleurer.

- Hey, qu'est-ce qui t'arrive ?
- Mrs Mason ? De l'institut de beauté ? Tu piges pas ?
- Ah, c'est ta mère ? Ben, où est le problème ?
- Elle…Elle ne sait pas.
- Oh MERDE !
- Thack… J'ai laissé mon skate dans le salon…
- OH FUCK !

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Lovefool

10 décembre 2010
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Cette semaine, c'était la semaine des devoirs trimestriels. Une semaine à composer surtout ce qu'on a vu depuis le début de l'année dans chaque matière, options facultatives exclues, en condition d'examen officiel. Exactement ce qu'il me fallait pour oublier que Rodrigue a cessé de venir en cours de maths et m'a consciencieusement évité et que je m'étais fâché avec Emma suite à l'épisode de l'infirmerie.

Lundi Matin : Allemand, écrit, deux heures. Espagnol, écrit, deux heures.
Lundi Après-Midi : Maths, quatre heures.

Mardi Matin : Physique Chimie, quatre heures.
Mardi Après-Midi : Sciences et Vie de la Terre, trois heures.

Mercredi Matin : Français écrit, quatre heures.
Mercredi Après-Midi : Histoire-Géographie, quatre heures.

Jeudi Matin : Economie, quatre heures.
Jeudi Après-midi : Oral de français.

Vendredi : oraux de langues.

Lundi : Je quitte les écrits de langue avant la fin, comme d'habitude. Maths : easy as usual.

mardi : Je déteste les circuits électriques et les différences de potentiels, par contre j'adore avec les calculs à partir de masses molaires. Analyse d'expérimentation sur le système nerveux d'un chat et explication de la photosynthèse en SVT, une promenade.

Mercredi : Je choisis le commentaire composé sur l'extrait de Lorenzaccio après les questions. J'ai lu le profil par hasard, il y a quelques temps et je me rappelais des axes de lecture de ce texte là. Au moins je suis dans le sujet. Je suis certain de me planter en Histoire. Sorry, but I truely don't give a shirt about Louis XIVth. La géographie devrait limiter la casse.

Jeudi : "L'entreprise en tant que structure économique est elle forcément inhumaine ?" Intérêts croisés des facteurs travail, capital et humain, en concluant qu'une économie différente était à inventer, la prof va adorer. L'examinateur de français va me surnoter trop persuadé que le français est ma seconde langue. Quel con.

Ce qui nous amène à Vendredi…

18 heures. Sortie d'oral d'Allemand en B03 pour attendre mon oral d'Espagnol en B02, en face, une demie heure plus tard. Et là, sur la seule chaise occupée du couloir vide… Rodrigue, qui attend pour son oral d'Allemand. On ne s'est pas adressé la parole depuis 15 jours mais là, si personne ne brise la glace, le silence va s'installer et le malaise avec. J'ai envie de tout lui dire. Que d'un seul coup, ce soit comme une avalanche de mots pour lui dire combien je suis grave de lui. Mais tout ce que j'arrive à dire, parce que c'est tout ce qui me semble convenir c'est…

- Salut.
- Salut.

Nos regards se croisent un instant, mais je détourne les yeux. J'ai une boule dans la gorge et si ça continue je vais avoir envie de pleurer tellement je me sens mal. Il faut que je m'excuse pour l'épisode de l'infirmerie. Que j'arrive au moins à faire ça.

- Je m'excuse pour la dernière fois à l'infirmerie. Je voulais pas te braquer.

Ce sont les mots auxquels je pense. Exactement. Sauf qu'ils ne sont pas sortis de ma bouche. La porte s'ouvre. Je lève les yeux vers lui, encore en train d'entendre ce qu'il vient de dire. Il attrape son sac alors que le prof l'appelle. "Kommen sie hin, bitte, Herr Masson". Je ne vais pas avoir le temps de lui dire un mot. Pas un. Il vient de s'excuser, je suis comme un con, l'esprit vide à me hurler intérieurement que je DOIS lui répondre. Que c'est pas à lui de s'excuser, mais à moi. Mais, non, rien ne vient. La porte se referme sur lui. Merde. Je suis trop con. Sauf que je n'ai pas le temps de me flageller comme ça longtemps.

La porte s'ouvre. Et dans la seconde qui suit, sa main attrape ma nuque, sa bouche vient chercher la mienne, son regard, noir, planté dans le mien. Le monde s'arrête. Parfum de vétiver, goût de canelle. Décharge d'ocytocine à tous les étages. Pendant une demi-seconde

"J'espère que comme ça c'est clair, maintenant".

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